Fabricant de fils pour le tissage et le tricotage industriels, Union textile de Tourcoing (UTT) s’est lancée voilà une vingtaine d’années dans une ambitieuse démarche d’écoconception. Celle-ci s’intéresse à tout le cycle de vie des produits, du choix des matières premières à la teinture, en passant par la filature.
Réduire de 15 % l’empreinte carbone et de 20 % les autres impacts environnementaux de ses produits d’ici à 2028, tels sont les objectifs que s’est fixés UTT dans le cadre de l’appel à projets Texhabi, lancé par l’ADEME en 2024 pour soutenir l’écoconception des produits textiles. Grâce à cette aide, l’entreprise d’une centaine de salariés, qui gère aussi bien les étapes de filature que de teinture des fils, est en train de réaliser l’analyse de cycle de vie (ACV) de neuf de ses références. Cela lui permettra non seulement de disposer de données fiables à communiquer à ses clients, mais aussi d’explorer de nouveaux leviers d’action.
Déjà dans les années 2000
Dès les années 2000, pour éviter les rejets polluants et économiser l’eau, UTT a développé sa station de recyclage des eaux de teinture, SPHERE. Et il y a une dizaine d’années, elle a créé une collection écoconçue, KESA. « Celle-ci propose des fils biologiques et recyclés. Puis, en 2023, nous avons investi dans une unité de production, REFIL’ON, adaptée à l’utilisation de fibres recyclées issues de chutes de tissus ou de vêtements usagés, plus courtes que celles issues de matière vierge », détaille Mickaël Lemaire, responsable de cette gamme chez UTT. Pour le coton, la laine ou l’acrylique, qui se recyclent mécaniquement, l’entreprise travaille avec des recycleurs français. En plus d’économiser des ressources, cela permet une souveraineté matière locale et rapide, d’éviter de recourir à des importations et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
« Les ACV en cours ont pour objectif d’aller plus loin et de définir une démarche qui englobe l’ensemble des services de l’entreprise, mais aussi les clients, de manière à éviter les transferts d’un type d’impact à un autre », explique Aude Bougain, ingénieure écoconception à l’ADEME. Grâce aux données résultant de ces analyses, les clients (fabricants ou marques) peuvent trouver les fils au meilleur rapport bénéfice environnemental/prix en fonction de leurs besoins (pulls, t-shirts, tissus…). Un partenariat avec Decathlon a ainsi permis de fabriquer des bonnets écoconçus à prix raisonnable. Mais « seule l’évolution annoncée de la réglementation, en faveur de textiles fabriqués dans le respect des normes écologiques et sociales, nous aidera réellement dans notre démarche », précise Mickaël Lemaire.